Infaux, Cinquième pouvoir / Info, Quatrième pouvoir

«Le rôle premier du journaliste libre dans une société libre n’est pas de fouiller dans la boue, même si je suppose que ça en fait aussi partie. Notre vrai défi est de fournir une meilleure compréhension des complexités dans lesquelles notre pays, nos concitoyens et notre époque sont englués. Notre premier boulot n’est pas de déshonorer ou de diffamer, mais de donner du sens, » Isador Feinstein Stone, journaliste américain.

Le discours est rodé. Sur la toile, dans ce dédale d’infobésité, d’hyperinflation du contenu, un guide est essentiel. C’est ici qu’intervient le journaliste, celui qui aide à la compréhension du monde dans lequel nous vivons, celui qui contextualise, celui qui vérifie l’information. Face au cinquième pouvoir qui opère souvent sans entraves mais sans règles, et aux sites satiriques d’infaux, qui officient sans entraves mais avec les codes du journalisme, les plumes de l’actualité sont nécessaires. Le hic, c’est lorsque le fact-checking se heurte au temps réel.

De l’infaux à l’info. « Style neutre, maîtrise des techniques (et des tics) journalistiques, sens de la citation, attaques et chutes élaborées. Du pur pastiche rédigé dans les règles de l’art », explique Ettore Rizza dans son article consacré aux sites d’infaux, dont un regain de popularité est né en 2012 après la naissance de LeGorafi. Ces articles, rédigés selon les canons de la profession des plumes de l’actualité, semblent si réels que des internautes tombent parfois dans le panneau des pastiches en les prenant pour argent-comptant. A leurs décharges, la fiction de ces sites se heurte de temps en temps à la réalité et peut faire penser que LeGorafi, le Pharisien et compagnie prédisent plus qu’ils n’inventent. Et lorsque ces potentiels Cassandre de l’infaux sont repris par des médias professionnels, il y a quelque chose de pourri dans le royaume de la presse, qui titre: « LeGorafi piège la presse italienne », Big Brother-Le Monde. Le lecteur sourit: « Oh, les cons », puis réfléchit: « Des professionnels qui se font avoir ? », puis analyse: « Font-ils acte de contrition? » Si la réponse est affirmative, la confiance, même bafouée entre le lecteur et le quatrième pouvoir, peut rester sauve: «On salut l’humilité ! Faute avouée, à moitié pardonnée. Toutefois, la prochaine fois, faites attention. » Si la réponse est négative, le citoyen regarde d’un air consterné l’ego d’une presse perchée sur sa tour d’ivoire, comme en témoigne l’affaire So Foot – The Times, et s’exclame «  On n’est pas dans l’épisode du peigne cassé de Rousseau. Il n’y a pas d’injustice, mais une erreur. Ce n’est pas en les ignorants qu’on apprend d’elles. Au contraire.»

De l’intox à l’info. Des agences de communications qui investissent les médias afin d’y distiller le discours des entreprises qu’elles représentent, telle a été l’enquête menée par Le journal du net, qui a pointé nombres de faux rédacteurs: « Photos volées, fausses identités, emplois bidons dans des entreprises bien réelles », sous titre Nicolas Arpagian, avant de rajouter: « Bien décidés à vendre leurs services, certaines agences de relations presse, dont l’activité classique se monnaie à la baisse, ont tendance à recommander l’usurpation d’identité pour faire parler de leurs clients. Le lieu de prédilection de cet enfumage organisé ? Les rubriques de libre expression des sites comme Le Plus du Nouvel Observateur, le Cercle des Echos, lesblogs du magazine Capital, les pages Express Yourself de L’Express ou…les Chroniques du JDN. »

Le Cinquième pouvoir; c’est notamment les réseaux et les médias sociaux ; de tout ceux qui prennent leurs plumes virtuels afin de coucher sur un écran des pensées, des infos glanées par ci par là, des témoignages, qui parlent de leurs états d’âmes, autant que de leurs centres d’intérêts. Des néophytes et des experts qui utilisent la toile comme un moyen d’expression. Il y à boire et à manger. Il y a plusieurs sons de cloches, au lecteur de multiplier ses sources afin de se forger son opinion.
Un travail chronophage.
Quid de l’économie de l’attention qui fait que les gens n’ont pas forcément le temps de trouver d’autres sources. Un médiateur est nécessaire. Comme l’écrit JP Marthoz, le journaliste est présent pour « réaffirmer le rôle indispensable du journalisme dans un environnement gorgé de faits non vérifiés, d’opinions exaltées et d’images truquées. Il entend démontrer et préserver le rôle de médiation de la presse, d’une presse professionnelle, face aux confusions et aux risques d’un « journalisme dit citoyen ». »

Se méfier ou faire confiance au public ? « La sagesse des foules », dispose James Surowiecki en précisant que les décisions du plus grand nombres seront souvent meilleurs que ceux de membres isolés. Et le « biais de conformité », s’exclame le psychologue, qui désigne cette tendance que nous avons parfois à délaisser notre raisonnement intime pour rallier l’avis de la majorité et ce indépendamment du bien-fondé de celui-ci. Un groupe prend de meilleures décisions quand au moins la moitié de ses membres à le savoir nécessaire, renchérit le paradoxe de Condorcet. Donc, besoin d’un médiateur ?

Confiance ou désaveu démédias ? Un sondage de l’institut Pew Research dispose que 62 % des étasuniens cautionnent le rôle de chien de garde de la démocratie de la presse. Une presse humble, responsable, à l’écoute, dotée de règles.

Pour aller plus loin:
– Se révolter ou s’adapter. Vous connaissiez j’aime l’info, voici pressmore: « La création d’une plate-forme web d’agrégation de contenus qui vous ressemble. Vous choisissez ce qui fait partie de votre flux » et : »La création d’un bimensuel crowdfundé. Notre équipe de rédaction est prête, il ne reste plus qu’à choisir les thématiques et ce sera votre rôle également. »
– Wikipédia, la blogosphère, twitter, mais connaissez-vous Quora ? « Une entreprise web qui permet à ses utilisateurs de créer, d’éditer et d’organiser des questions-réponses. Le site organise les questions-réponses par sujets et permet aux utilisateurs de collaborer entre eux, »  explique wikipédia
Dans l’antre des nouvelles formules de la presse. Révolution ? Ou simple opération de communication ?, « LAURENT JOFFRIN, VENDEUR DE NOUVELLES FORMULES, 2009, 2011, 2013 : l’argumentaire est un art », Sébastien Rochat, arrêtsurimages

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2 Commentaires

  1. Pingback: Presse écrite / web, ce qui sépare les deux médias | McGulfin

  2. Pingback: Quand Gutenberg s’invite sur le web | McGulfin

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