Rationalité individuelle / Rationalité collective: un antagonisme

C’est l’histoire d’un paradoxe, d’une singularité découverte au fils d’une lecture d’une carte blanche accordée au journal Le Soir à Paul de Grauwe, professeur à la London School of Economics. L’idée générale confronte l’individu au collectif, avec ce constat sous-jacent: un comportement qui s’explique au niveau individuel perd son caractère logique, rationnel, lorsqu’il est ramené à l’échelle collective.

« L’un des problèmes économiques les plus fondamentaux se pose parce que la rationalité individuelle ne mène pas à la rationalité collective », explique ainsi Paul de Grauwe.

Une industrie n’a pas un intérêt économique à réduire ses émissions de CO2. Mais des industries, oui. Au sein d’un environnement concurrentiel, une entreprise doit sans cesse réduire ses dépenses, afin d’être plus rentable. A titre personnel, une usine qui sacrifie son temps à la recherche de nouvelles technologies afin d’atténuer ses nocives émissions en dioxyde de carbone augmente donc ses coûts de production. Plus encore lorsqu’elle applique la résultante de ses découvertes. Isolée, elle n’a donc pas intérêt à s’engouffrer dans cette voie: c’est un comportement individuel qui est rationnel. « Mais collectivement il ne l’est pas: en effet, tout le monde respire des polluants nocifs pour la santé tandis que personne ne souhaite ce résultat », conclu Paul de Grauwe.

usine-pollutionVers un marché européen des quotas de C02. Ce qu’il faudrait, c’est que les instances publiques incitent les entreprises à investir dans cette recherche. En 2003, dans le cadre de sa politique climatique, l’Union Européenne impose une règle, qui réconcilie le comportement individuel au collectif: « toute entreprise qui émet du CO2 doit acheter des droits à polluer sur le marché et, s’il en possède en excédent, il peut les revendre. » Émettre moins de CO2 devient alors un business. Sauf que, 10 ans après le lancement du « système communautaire d’échange de quotas d’émission » (directive 2003/87/CE), le 16 avril 2013, « les députés n’ont pas hésité à sacrifier la politique climatique de l’Union, la plus ambitieuse du monde, sur l’autel des intérêts industriels », s’indigne Jean Quatremer, journaliste à Libération. En cause: l’entérinement de la proposition de la Commission de geler 900 millions de tonnes de droits à émettre des gaz à effets de serre. Car pour ne pas « handicaper ses 11.000 entreprises soumises à ce système, l’Union a décidé d’attribuer, dans un premier temps, des droits à polluer gratuits, celles-ci ne payant que le surplus. Ce n’est qu’à partir de cette année que la moitié des quotas devaient être mis aux enchères. Le problème est qu’il « y a eu une surallocation de quotas et les entreprises les ont stockés, » souligne Jean Quatremer. Conclusion: l’intérêt individuel et collectif ne sont toujours pas en phase…

L’action individuelle qui protège le consommateur contre le risque du chômage augmente ce risque. Maintenant, prenons99 l’exemple d’un employé qui craint pour son emploi ( et qui est aussi consommateur dans sa vie hors labeur). Le comportement compréhensible de l’individu est de se tourner vers l’épargne: thésauriser, se constituer une réserve afin d’avoir un apport pécunier à porté de main au moment où la fatalité frappera à sa porte. « C’est une réponse individuelle très rationnelle à l’incertitude quant à l’avenir économique de (l’employé) consommateur ». Toutefois, qui épargne davantage, consomme moins et, de ce fait, augmente les risques de perdre son emploi: « La décision de tous ces consommateurs de diminuer leurs consommations diminuera la production et augmentera le chômage. Le risque que chacun cherchait à diminuer accroît ce risque. Le résultat est quelque chose de très irrationnel, que personne ne souhaite. »

La solution: l’intervention des instances publiques qui réduisent leurs épargnes quand les consommateurs commencent à plus économiser, et de reprendre le chemin de l’austérité quand les consommateurs consomment plus.

Pour aller plus loin:

– Il est coutume de dire que la crise suscite aussi un certain réveil des consciences et appelle une capacité d’innovation sans précédent pour résoudre nos problèmes. Par exemple, en mettant un coup d’arrêt aux aspirations hyper-consommatrices des pays industrialisés (fondées sur le crédit facile et la consommation effrénée), la crise ouvre la voie à une nouvelle ère, celle de la frugalité. Avec des gens qui ne jettent plus, mais réparent. Bricolent avant d’appeler à l’aide. Redécouvrent les commerces de proximité (cordonnerie, épicerie de quartier compréhensives et qui accordent encore des crédits) et retournent à la terre pour cultiver leurs propres légumes. Bref, des gens qui consomment, mais en différenciant besoins et envies. Et en faisant le pari d’une vie nourrie de plaisirs non-marchands.

– Le Freeganisme, vous connaissez ? «  les freegans se caractérisent cependant par leur régime alimentaire déchétarien. Rien de plus sain en effet que de bouffer dans les poubelles : gratuité de la nourriture pour tous + réduction du gaspillage alimentaire + immunovolution.« 

– En avril 2012, Oxfam Grande-Bretagne et Mark & Spencer popularisent le « shwopping », néologisme constitué du verbe anglais swap (échanger) et du mot shopping. L’idée est de donner une seconde vie à des articles usagés contre l’obtention de bons d’achats ou de réductions valables sur des produits neufs. « La première année, M&S et les magasins Oxfam ont récolté pour 3.8 millions de dons en vêtement, ce qui représente un gain de 2.3 millions de livres sterling pour Oxfam », explique l’ONG avant de renchérir: « Avec ce partenariat avec M&S, nous avons récolté plus de 9.5 millions pour vaincre la pauvreté. » En Belgique, Oxfam s’associe avec e5 mode, Avance et Fun lors de La semaine d’Oxfam-solidarité, « en échange de votre solidarité, vous recevrez un bon de réduction avec lequel vous pourrez ensuite vous donner à cœur joie en faisant du shopping », dispose l’ONG. En effet, dans chaque magasin, en échange de votre solidarité, vous recevrez un bon de réduction avec lequel vous pourrez ensuite vous donner à cœur joie en faisant du shopping dans l’un des magasins suivants : e5 mode : Pour chaque sac de vêtements réutilisables, e5 mode vous offre un bon d’achat de 5 euros. Et pour chaque imperméable ou manteau réutilisable, vous recevrez un bon d’achat de 10 euros. Avance : Pour chaque paire de chaussures réutilisable, Avance vous offre un bon d’une valeur de 10 euros. Et pour chaque sac à main réutilisable, un bon d’une valeur de 5 euros. Fun : Pour chaque sac de jouets réutilisables (jeux de sociétés, livres d’enfants, CD’s, DVD’s, etc.), FUN vous offre un bon d’achat de 5 euros.

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