The Brussels Business, la version non officielle de l’intégration européenne

The Brussels Business, la version non officielle de l’intégration européenne. Un documentaire qui retrace l’influence grandissante des lobbies sur le processus de décision dans les institutions européennes, et qui nous éclaire sur la naissance de l’Acte Unique Européen, fruit d’un groupe de pression méconnu: l’ERT…

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Aujourd’hui, plus de 15 000 lobbyistes gravitent autour des institutions européennes: « Il y a un autre monde derrière tout cela, un monde parallèle, qui consiste à influencer les institutions, à faire un texte, à donner une idée », confie dans le film l’un d’entre eux.

Mais qui sont ces lobbyistes? Pour quels intérêts travaillent-ils? Et quels sont leurs impacts sur le développement d’une démocratie qui s’opère au niveau transnational?

europe1Le lobbying, de l’anglais lobby qui signifie littéralement « vestibule » ou « couloir », n’est pas, dans sa conception primaire, une mauvaise activité. Le but du lobbyiste, un savant, est alors de conseiller, d’expliquer, de donner du recul, en d’autres termes, d’informer les législateurs sur des matières, des questions qu’ils ne connaissent en profondeur. Dûment éclairés par chaque partie prenante, à eux ensuite de faire jouer le balancier et de légiférer (trancher ?) au mieux.

« Notre point de départ n’est pas de critiquer le lobbying en soi, » expliquent ainsi Friedrich Moser et Matthieu Lietaert, les réalisateurs du documentaire avant de renchérir: « De tous temps, l’influence d’acteurs externes opérant dans les corridors du pouvoir a existé et existera encore. Souvent leurs informations sont très utiles. » Sauf que les experts se sont progressivement transformés en tueurs à gage, payés pour arriver à des fins précises.

Et à Moser et Lietaerts de conclure: « Le problème que nous voulons souligner au travers de ce film est le manque de régulation contraignante de ces acteurs.» Manque total de transparence, leur inscription sur un registre n’est pas obligatoire…Et les dérives sont nombreuses, comme l’affaire Ernst Strasser, député démissionnaire européen d’origine autrichienne pour le parti OVP.  Après avoir été filmé (en caméra cachée) par une équipe de journaliste du Sunday Times, et  dans laquelle il se vante de recevoir 100 000 € par an pour proposer des amendements aux textes discutés au Parlement, Strasser est contraint de donner sa démission en mars 2011.

A propos de lobbying, connaissez-vous l’ERT (Table Ronde Européenne) ? Ce club qui réuni tous les grands chefs d’entreprises ?

Chocs pétroliers des années 70, inflation galopante, montée du chômage, croissance en chute libre, l’Europe n’arrive à surmonter la crise. En 1982, le directeur exécutif de Volvo, Pehr Gyllenhammar, tire alors la sonnette d’alarme et mène une campagne pour un projet d’ensemble qui « stimulerait la croissance et bâtirait [au sens propre] une industrie et une infrastructure.»

Trouver une solution au malaise économique, refaçonner l’Europe. Rejoint par Étienne Davignon, chargé de l’industrie à la Commission européenne, et avec le soutien d’Umberto Agnelli (PDG de Fiat) et de Wisse Dekker (PDG de Philips), Gyllenhammar rassemble des dirigeants de multinationales européennes et fonde l’ERT: un groupe de pression dont le but est d’influencer la politique européenne, sans pour autant s’attarder sur les points de détails de la législation. « Nous ne traitons pas des problèmes sectoriels. Nous ne traitons pas des problèmes nationaux. Nous nous contentons de parler des questions générales,» comme l’affirme Keith Richardson, son ex-secrétaire général.

L’ERT œuvre donc et use de son influence européenne sur les projets de grande envergure. Comme l’Acte Unique Européen, une de ses grandes réussites.

Nous sommes en janvier 1985. Wisse Dekker rédige une proposition qu’il adresse aux chefs d’états, ainsi qu’au gouvernement européen: « Europe 1990 : un agenda pour l’action », dont la vaste ambition est de faire tomber les barrières commerciales, d’harmoniser les réglementations et abolir les frontières fiscales.

Quelques mois après la communication de cette proposition, Jacques Delors, tout nouveau président de la Commission Européenne, et Lord Cockfield, chargé de l’Industrie à la Commission, publient un Livre blanc qui devient la base de l’Acte unique européen de 1986, lui-même cadre juridique du Marché unique, lui même copié/collé de la proposition de l’ERT.

Est-ce du à l’extrême qualité de la proposition de Dekker ? Ou au doux message que, la veille de l’adoption de l’acte Unique, le PDG de Philips envoi à son prestigieux carnet d’adresse et dont les termes sont: sans marché unique, nous irons ailleurs pour nos activités ?

Toujours aussi discret, l’ERT compte aujourd’hui plus de 45 membres et continu, dans les coulisses, de façonner l’Europe…

Pour aller plus loin, le Corporate Europe Observatory, exposing the power of corporate lobbying in the UE: dont le but est de révéler les impacts des activités de lobbying et d’en terminer avec tous les secrets qui les entourent.  « Car ceux qui ont de l’argent peuvent s’immiscer dans le processus de décision et dans le processus démocratique, et que ce n’est pas ce qu’on attend de la démocratie, » comme le déclare un responsable du CEO dans le documentaire Brussels Business.

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