Alix, XIII, Thorgal, Blake et Mortimer, « les supers reprises »: conférence à la librairie Brüsel

Vendredi 20 septembre 2012. 16 heures. Au 100 Boulevard Anspach, Bruxelles. A l’occasion de la sortie d’Alix Senator, la librairie Brüsel s’habille aux couleurs de Rome et propose une conviviale conférence dont le thème est: « Les supers reprises ». L’agora se compose de: Yves Sente, le scénariste de Blake&Mortimer, XIII et Thorgal, Denis Bajram, scénariste et dessinateur, ainsi que Valérie Mangin et Thierry Démarez, respectivement scénariste et dessinateur d’Alix Senator.

Bajram, Sente, Mangin, Démarez

Thorgal, XIII, Yves Sente, se lancer dans des reprises de franchises, n’est-ce pas frustrant ? Ne sentez-vous pas une perte de votre liberté artistique ?

Yves: Au contraire. Imaginez. Vous êtes fan de Tintin et vous arrivez à la fin de la lecture du dernier album. Quelle frustration. Ce n’est pas juste. Ce que vous souhaitez, c’est lire, encore et encore des aventures du jeune reporter. Maintenant, imaginez que cet album, on vous l’offre…
En résumé, pour faire une reprise, il faut avoir un amour de la série et profiter de chaque instant de ce que l’on vous propose: prolonger votre rêve d’enfant, écrire l’album que vous auriez souhaité lire.

De même pour Alix Senator ?

Valérie: Alix est effectivement la série de mon enfance. Mais j’avais cette volonté d’apporter quelque chose de nouveau. Ce n’est pas l’univers en tant que tel de Jacques Martin. C’est un « reboot ». Nous sommes décalés dans le temps. L’action se passe 30 ans après. Alix à des enfants, notamment… Et oui, Enak n’est plus là. Les lecteurs me posent souvent la question: « Où est-il ? Qu’est-il devenu ? » Mais, je n’en dirai pas plus. Je vous laisse avec ce suspense. Nous avons signé (avec Thierry, ndlr) pour trois albums.

Travailler sur la série de son enfance, quel était votre état d’esprit, Valérie ?

Valérie: Alix, comme beaucoup d’autres personnages, est un mythe. Et vous travaillez à lui redonner vie. A côté, vous créez de nouveaux protagonistes. Vous apportez donc une touche personnelle à un mythe. C’est grisant. C’est jubilatoire.

Le travail est-il le même, entre la réalisation d’une création pure et d’une reprise ?

Yves: J’entends souvent cette réflexion qui m’exaspère: « Mais pourquoi vous faîtes une reprise? Vous n’avez pas envie de faire une histoire à vous ? Un récit orignal ? »

Vous savez, entre la reprise et la création, le travail pour le scénariste est le même. Bien entendu, il y a des codes à respecter. Des contraintes. Ce qui ne signifie pas un total manque de liberté. Personnellement, je trouve cela stimulant.

Quels sont ces codes ?

Yves: Il y a un cadre à respecter. Mais c’est à vous de le déceler. C’est un défi. En d’autres termes, il faut récupérer l’essentiel dans chaque série. C’est cela les codes.
Dans Thorgal, ce sont les émotions et les rapports humains. Dans XIII, la quête d’identité et le complot.

Une fois ces codes révélés, on est ensuite totalement libre et là, on peut s’amuser. Je ne peux pas, et ne veux pas être Jacobs. Ni Van Hamme.

Ainsi, Valérie, quel est le « cadre », l’essentiel d ‘Alix ?
Valérie: Un esprit romanesque teinté de fantastique. En fait, il y a un profond respect dans la reprise des grands maitres. On poursuit leurs œuvres. J’ai tenté, au mieux, de respecter l’univers d’Alix, de rester dans la cohérence de l’œuvre de Jacques Martin.

Tous les héros de notre enfance ont-ils vocation à renaitre ? La liberté, dans la reprise, est-elle totale ?

Yves: Déjà, on ne peut pas évacuer la question du droit d’auteur. Si l’auteur, de son vivant, ou ses ayants droit, donnent leurs accords, les clefs, il n’y a pas de raison pour qu’une suite ne puisse pas se faire.

Néanmoins, je pense que pour qu’une reprise fonctionne, il ne faut pas qu’il y ait trop d’albums. Sinon, on se ferme des portes. Une suite de Michel Vaillant avec ses 70 volumes, ce n’est pas évident.

Pour Thorgal, vous aviez 30 albums. Bien évidemment, il y a des limites: je ne vais pas créer une crise économique chez les Vikings (rire)

Pour Blake et Mortimer, il y a eu 10 ans d’attente. Pendant cette absence, une véritable effervescence, un engouement du public fait qu’il y a encore plus de lecteurs, maintenant, que pendant les années Jacobs. C’est incroyable.

Mais les personnages n’ont pas trop vieillit, contrairement à leur environnement ?

Yves: C’est vrai que les héros de BD belge vieillissent moins vite que les autres. C’est une singularité. Toutefois, les choses ont changé, notamment à partir des années 60. On accepte qu’ils prennent de l’âge, qu’ils soient plus humains, qu’ils possèdent une psychologie.

Valérie: En l’occurrence, 30 ans après, Alix ne peut dissimuler quelques rides. Alix court d’une période historique à une autre. L’époque a changé, la guerre civile à Rome est terminée. Ce qui donne un nouveau souffle. Et une liberté plus accrue.

Pour Alix Senator, au niveau graphique, quel a été le degré d’inspiration du travail de Jacques Martin ?

Thierry: Lorsque l’on m’a parlé du projet, j’ai ressenti une certaine pression. J’ai effectué énormément de recherche autour d’Alix. De son univers. Je me suis beaucoup inspiré des travaux de Jacques Martin. Il y a tout un respect des codes graphiques pour que le personnage reste identifiable. J’avais toujours le personnage d’Alix devant les yeux. J’ai même poussé mon dessin à l’extrême. Pour trouver les limites. Plus ou moins de cheveux, plus ou moins de rides, des coiffures différentes, etc. Il devait être reconnu, je répète. Plus âgé, mais reconnaissable.

Le travail a t-il été long ?

Thierry: On a commencé en octobre 2010. Deux ans de création pour concrétiser l’album ; scénario et dessins compris. J’ai passé 7 mois et demi sur les planches en noir et blanc. Quatre mois pour la couleur.

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