Notre poison quotidien: tout ce qui se cache dans nos assiettes

Au XVI siècle, Paracelse dispose que: « Rien n’est poison, tout est poison: seul la dose fait le poison ». Cinq siècle plus tard, l’OMS ( Organisation mondiale de la santé ) et la FAO ( Food and Agriculture Organization ) adoptent le concept de la Dose Journalière Admissible qui désigne: « la quantité de substance chimique que l’on peut ingérer quotidiennement et pendant toute une vie sans qu’il n’y ait d’effet sur la santé ». Et si ce que nous mangions nous détruisais un peu plus chaque jour ?

En dix ans, comme le rapporte Le Canard enchaîné (14/08), la quantité de pesticide aspergée sur les champs français a dégringolé de 100 000 à 62 700 tonnes. Sous ce caractère de bon élève se cache une réalité moins glorieuse. Le tonnage a certes diminué, mais les produits sont de plus en plus nocifs: les mixtures sont dorénavant de savants mélanges de « produits phytosanitaire », pour employer le feutré vocabulaire des industriels et des pouvoirs publics. Un « effet cocktail » qui est des plus néfastes pour la santé, les fruits et légumes étant imprégnés de nombre de pesticides différents… Et comme le déclare Marie-Monique Robin: « les pesticides sont bel et bien des « poisons », car ils ont été conçus pour tuer. La grande famille des pesticides est d’ailleurs identifiable par le suffixe commun « – cide », – du latin caedo, cadere , « tuer » – car d’après leur étymologie, les pesticides sont des tueurs de pestes. »

Mais peut-être le désir ubuesque des industriels est de nous renforcer… Avec cette noble volonté de transformer chaque consommateur en roi Mithridate. Selon la légende, afin de se protéger des attentats de ses ennemis, Mithridate consommait régulièrement des cocktails de poisons. Une panacée qui porta ses fruits. Fait prisonnier, le jeune roi échoua dans sa tentative de suicide à l’aide de substances mortelles. C’est ainsi que Mithridate donna sons sens à « mithridatisation » qui désigne: « l’accoutumance ou l’immunité acquise à l’égard de poisons par exposition à des doses croissantes. »

Après Le Monde selon Monsanto, Marie Monique Robin nous éclaire un peu plus sur ce qui se cache dans nos assiettes. En fait, c’est comme mourir de soif auprès d’une fontaine. Avant de visionner le documentaire Notre Poison quotidien, je ne connaissais absolument pas le principe de la DJA (Dose Journalière Admissible), ni de LMR ( Limite Maximal de Résidus).

Comme l’explique Wikipédia: « Dans le domaine de l’alimentation, un résidu est une substance présente sur ou dans un produit alimentaire, suite à l’application de produits pesticides ou l’utilisation de médicaments vétérinaires. En raison de leur toxicité certains résidus font l’objet de seuils réglementaires dits limite maximale de résidus (LMR). Au delà de ce seuil, la commercialisation de ce produit n’est plus autorisée. » Toutefois, avec cet « effet cocktail », comme expliqué ci-dessus,  le LMR est souvent mésestimé. « Les chercheurs en toxicologie de l’université de Aston, en Angleterre », explique Le Canard enchaîné, ont montré que : « les dommages infligés aux cellules par les combinaisons de pesticides sont de 20 à 30 fois plus importants que lorsque les mêmes substances sont utilisées séparément. » ( conclusion de l’enquête PLoS One, 3/08, accessible en cliquant ici ! )

Le concept de DJA, nous le devons à René Truhaut, toxicologue français. Il est obtenu de façon empirique, après des tests sur animaux. Le souci, c’est que, du résultat obtenu, on lui adjoint sans aucune légitimité scientifique un facteur 100. De quoi se poser la question de sa réelle efficience…

Comme l’explique un intervenant du film: Les entreprises voit plus leurs bénéfices à court terme que la santé à long terme de ses consommateurs. A ceci, Marie-Monique Robin revient sur deux exemples: le Bisphénol A, dont la découverte de sa toxicité a été découverte par hasard et de l’Aspartame. Les deux substances ont beau être nocives, elles sont toujours présentes dans notre environnement. Les industriels redoublent d’effort afin d’étouffer le débat, subventionnant notamment les recherches qui plaident en leurs faveurs. On ne le dira jamais assez: qui n’entend qu’un son, n’entend qu’une cloche. Ce n’est que du débat et du foisonnement d’idée que l’on peut se rapprocher d’une vérité absolue. Si vous ne souhaitez pas vous attacher à un seul discours, si vous ne voulez pas n’entendre qu’une vérité relative, regardez donc ce Poison Quotidien.

Pour aller plus loin:

– Cultiver ses légumes sur son balcon ou sur son toit, c’est tendance et bon pour la santé ; c’est l’agriculture urbaine ou la culture maraîchère en ville. L’agriculteur du dimanche se dit ainsi que sa récolte ne sera pas infectée par de méchants pesticides. Mais est-ce pour autant sain ? Des chercheurs de l’université technique de Berlin ont mesuré une concentration élevée de métaux lourds dans certains légumes produits dans la capitale allemande, au point que leur consommation peut présenter un risque pour la santé. Par ailleurs, plus l’immeuble est bas et plus la moisson est polluée (elle porte, en effet, les stimagmates de la circulation urbaine. Ah, la voiture…).

– ‎ »Les industriels dépensent des millions là-dedans pour développer les produits les plus « palatables » possible. » Késako ? « C’est un adjectif du jargon du marketing sensoriel. Ça signifie: agréable à toucher, à sentir et à manger.  » Bon appétit ! (Les pratiques de l’industrie agro alimentaire, Libre Belgique)

– « Il est désormais indiscutable que les pesticides sont une des principales causes de cancers (…) Il y a des centaines, voire des milliers de références montrant l’existence d’un lien associatif et causal entre l’exposition aux pesticides et des cancers, l’obésité et même le diabète de type 2 », explique Dominique Belpomme, chercheur et oncologue, avant de renchérir: « La situation est beaucoup plus grave que je ne le soupçonnais. Car les effets apparaissent dés le stade fœtal, un moment ou la vulnérabilité est la plus grande. » Quant à l’évaluation des pesticides avant leur mise sur le marché, le chercheur déclare que: « Les dossiers de demande d’autorisation sont insuffisants en termes de toxicologie. Ce sont des démanches cher et qui prennent du temps. Les industriels ont tendance à faire le minimum de ce qu’on leur demande, et le plus rapidement possible. » Certes, mais les pesticides permettent de nourrir le monde, et on ne peut s’en passer: « C’est faux », clame Dominique Belpomme, avant d’expliquer que: « Des alternatives existent, et consiste à revenir à des pratiques agricoles anciennes, comme la rotation des culture, l’utilisation des plantes qui fixent l’azote, la polyculture associée à l’élevage. Ce n’est pas revenir à une agriculture préhistorique. On tient compte des découvertes modernes. » Comme l’agroécologie, par exemple, cette science de la nature. (Journal Le Soir 13/03/13, Michel De Muelenaere)

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